Sortir du syndrome australien

Le déni climatique a de beaux jours devant lui. En Australie mais sans doute aussi à Bagnolet. A preuve, le débat en cours sur la nouvelle implantation du collège Travail qui pourrait détruire un des rares espaces verts de notre ville. Quand considérera-t-on les espaces verts autrement que comme des réserves foncières?

A g, la forêt australienne en feu, à d, les arbres remarquables de l’espace vert du parc des sports de la Briqueterie

Il y a un an à peine, l’Australie était ravagée.  10,7 millions d’hectares partaient en fumée (l’équivalent d’un sixième de la France métropolitaine). Entre 1 et 3 milliards d’animaux sont morts. 10 000 maisons ont été endommagées et 3000 complètement détruites. 30 personnes ont péri. Les dommages humains et écologiques sont colossaux. L’année précédente avait été la plus sèche et la plus chaude jamais observée en Australie. Le lien entre les feux et le réchauffement climatique est avéré. Pourtant cela ne conduit pas à remettre en cause l’exploitation du charbon dont l’Australie est le premier producteur mondial et qui est l’origine d’une part importante des émissions de CO2.

Et à Bagnolet? Ce n’est pas gagné!

A l’échelle de notre petite ville, va-t-on voir le  même déni climatique se produire? Pendant la dernière campagne électorale, il y a moins d’un an, majorité et opposition, ont tenu le même discours: il n’y a pas assez d’espaces verts dans notre ville et trop de constructions. Un constat largement partagé par les habitant.e.s. C’est un point crucial pour les écologistes que nous sommes: les espaces verts et les arbres constituent de précieux îlots de fraicheur; il faut à tout prix éviter que la ville ne devienne invivable lors des canicules de plus en plus nombreuses et de plus en plus longues que nous allons connaître dans les prochaines années. 

Mais voilà, il faut reconstruire le collège Travail, c’est une nécessité que nous partageons bien sûr. Et là, la priorité écologique devient tout à coup moins évidente pour certain.e.s. Alors qu’il existe une alternative dans la parcelle du stade des Rigondes, moins destructrice en terme d’environnement, l’option de la reconstruction dans le parc des sports de la Briqueterie refait surface pour des raisons de commodité -c’est moins loin (pour qui?) ou de statut social : un collège doit être au centre ville (on ne va quand même pas construire un collège dans la Zone, au Plateau, vous n’y pensez pas!) On peut remarquer d’ailleurs que les deux dernières écoles construites à Bagnolet sous les municipalités communistes, l’école Joliot-Curie et l’école Fromont, étaient déjà destinées au  centre ville. Il ne faudrait pas que cela devienne une habitude. Au-delà des motifs invoqués, le résultat est là: cela conduirait au moins à la destruction d’un espace vert de plus de 2500 m2 (en hachures oranges) sur la photo ci-dessous -le long de la rue Jeanne Hornet.

Sous les hachures oranges, l’espace vert menacé.

Outre cet espace vert d’un seul tenant menacé de destruction,  d’autres espaces plus petits (formant une surface d’environ 2000 m2) seraient sacrifiés tout autour du stade. Et il n’y a aucune garantie que les plus de 22 000 m2 de pleine terre du stade ne soient pas imperméabilisés. Réduire la surface des espaces verts dans une ville comme Bagnolet qui en compte si peu est tout simplement impossible. Réduire la pleine terre est contraire au programme de la majorité municipale. Les habitant.e.s du quartier en ressentiraient des effets directs en terme de température. 

Le collège Travail qui serait reconstruit sur la partie sud du stade de la Briqueterie contribuerait aussi à la densification d’un quartier déjà fortement densifié ces dernières années. De nouvelles constructions ont vu le jour avenue Raspail, avenue Pasteur, avenue François Mitterrand et rue Floréal. La construction des bâtiments du collège réduirait encore les espaces vides et il y aurait moins de circulation d’air dans tout le quartier. 

Le bon sens écologique doit l’emporter

Il faut enfin considérer les espaces verts pour ce qu’ils sont: des espaces verts, indispensables à la vie en ville. Et non pas des réserves foncières en sursis de destruction. 

C’est pourquoi le bon sens écologique doit l’emporter et la reconstruction du collège Travail doit se faire dans la parcelle du stade des Rigondes. Nous proposons aussi que les 2500 m2 d’espace vert, comprenant plusieurs arbres remarquables, accolés au parc des sports de la Briqueterie, deviennent un jardin à part entière, ouvert au public notamment en période de chaleur: ce serait un refuge de fraîcheur bienvenu pour les habitant.e.s dans un quartier très minéralisé. 

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