La saga des régies publiques, confortées par les résultats des élections municipales, se poursuit en Île-de-France. Le nouveau Conseil d’administration de la régie Eau publique par Est Ensemble s’est réuni le 27 mai et a procédé à l’élection de son Président: Jean-Claude Oliva a été réélu à l’unanimité. Voici sa déclaration à cette occasion.
Bienvenue aux nouvelles et aux nouveaux élu.es qui êtes en nombre dans ce Conseil d’administration, comme dans le Conseil de territoire.
Au cours du dernier mandat, nous avons effectué le passage en gestion publique, un choix politique mûrement réfléchi. Dès le début des années 2000, des villes comme Bagnolet et Montreuil posaient la question de la gestion publique et même de l’alimentation en eau par Paris. En 2010, à la création d’Est Ensemble, le débat s’est enflammé mais n’a pas abouti… Depuis 2020, une discussion approfondie entre les élu.es et des négociations avec le SEDIF se sont engagées et se sont conclues début 2022 par la décision unanime de créer une régie publique. La régie est opérationnelle depuis janvier 2024 et Est Ensemble est alimenté (à hauteur de 30%) par Eau de Paris depuis bientôt un an.
La mise en place est réussie, non sans efforts, ni sans difficultés.
C’est un acquis pour notre collectivité. Au Conseil de territoire d’installation, tous les groupes politiques ont mentionné la régie comme un des acquis principaux de la mandature écoulée, le premier même pour le Président Bessac.
Cette période écoulée a été très intense, beaucoup de choses ont été réalisées dans l’urgence.
Aujourd’hui et pour tout le mandat qui s’ouvre, il s’agit d’approfondir, de développer et de transmettre.
Cela concerne tous les grands sujets: la tarification écologique et solidaire; la proximité avec les usagers avec l’ouverture d’un accueil physique ou encore avec l’application proactive de la loi Warsmann qui plafonne les factures en cas de fuite; l’alimentation par Eau de Paris qui doit atteindre 50% de notre consommation d’ici à 2030; la place des citoyen.nes, déjà importante dans notre conseil d’administration; la sobriété avec l’entretien du réseau qui a fortement progressé depuis la reprise en régie et avec la réduction de la consommation à confirmer; le déploiement de fontaines qui a commencé mais n’est sans doute pas suffisant au regard de l’épisode de street-pooling que nous venons de vivre ces derniers jours; les risques liés à l’installation de datas centers, potentiellement très consommateurs d’eau…
Si nous sommes réuni.es pour la gestion d’un service public, les questions posées vont bien au-delà et je souhaite vous faire partager tout mon intérêt pour l’eau, commun du vivant et de la société. Dans les prochains mois, avec le Directeur et toute l’équipe de la régie, nous allons vous proposer plusieurs séances de formation pour vous permettre d’entrer de plain-pied dans le monde l’eau et de porter dans vos villes l’action de la régie et réciproquement, de remonter toutes les questions. C’est un vrai rôle politique qui vous attend!
La régie publique se situe à présent dans le long terme. Dans cette perspective, je vais solliciter une rencontre avec chacun des maires des villes d’Est Ensemble pour écouter son appréciation sur la mise en place de la régie, les manques éventuels qu’il a pu constater et ses attentes pour l’avenir.
Dans la nouvelle période qui s’ouvre, il s’agit de développer tout un écosystème autour de la régie:
–en renforçant les relations avec les autres régies, Eau de Paris bien sûr qui nous alimente en partie en eau, mais aussi Eau Seine et Bièvre, Eau Seine et Orge, avec lesquelles nous étions l’an dernier au salon de l’AMIF. Il faut citer aussi la régie de Grand Paris Sud, etc.
–en systématisant notre action culturelle. Ces derniers mois, nos avons soutenu l’exposition Aquasens, sur les économies d’eau à domicile, produite par la CNL Montreuil, et l’exposition eau et changement climatique, dans le cadre du projet d’une pétition visuelle de graphistes du monde entier. Nous pourrons envisager aussi des conférences-débats…
-en associant davantage de citoyen.nes sur tous les sujets de l’eau, au-delà de la stricte gestion de la régie. Les expériences de l’assemblée de l’eau à la Métropole de Lyon, ou plus près de nous, du comité citoyen de la régie Eau, Seine et Bièvre, doivent nous inspirer. Un Forum citoyen de l’eau a été initié par des associations, donnons les moyens d’exister et de se développer.
-en participant à des actions communes avec d’autres régies, des élu.es, des associations qui partagent la même conception de l’eau, pour se faire entendre. Par exemple sur la qualité de l’eau, sur la protection des captages, pour obtenir des mesures concrètes contre la production et l’utilisation des PFAS et des pesticides. Par exemple, pour qu’à la Conférence des Nations Unies pour l’eau prévue en décembre soient entendues les voix de la société civile organisée et pas seulement celles des Etats et des multinationales.
Pour terminer, je ne vais pas vous détailler les réflexions et les actions sur chacun des grands thèmes évoqués précédemment, nous n’en avons pas le temps ce soir. Je veux simplement partager avec vous deux sujets de préoccupations actuels.
Le projet du SEDIF de mise en place d’une filtration membranaire utilisant l’osmose inverse basse pression pour produire l’eau potable. Une enquête publique concernant l’usine de Neuilly-sur-Marne se déroule en ce moment. Nous n’y sommes pas conviés alors que nous achetons 16% de la production de cette usine et que ce projet va renchérir considérablement le tarif de vente de l’eau : le prix de production de l’eau du SEDIF va doubler!
Nous n’avons aucune visibilité sur les datas centers qui risquent d’être construits sur notre territoire dans les prochaines années. Nous avons réussi à réduire la consommation d’eau malgré l’augmentation de la population. Une augmentation importante et rapide de la consommation à cause de nouveaux datas centers pourraient nous conduire à acheter à nouveau davantage d’eau au SEDIF et donc mécaniquement à augmenter les tarifs pour tous les usagers.
