Il n’y a pas de sens politique au soutien apporté par le PCF puis par le député et son mini parti, l’APRES, à Tony Di Martino, avant même qu’il se déclare officiellement candidat. Tout est fait pour que les enjeux locaux soient escamotés et les citoyen.nes court-circuité.es.
Rappel des épisodes précédents
Le ralliement du PCF à Tony Di Martino pour les élections municipales s’est fait en deux temps. Premier temps, une déclaration le 25 novembre qui appelle au rassemblement face au RN (qui ne présente pas de liste à Bagnolet). Aussitôt le PS abonde dans ce sens. Lire l’article Denouel plutôt que le déni
Dans un second temps, le 11 janvier le PCF valide le ralliement à Tony Di Martino par un vote de ses adhérent.es qui n’avaient plus d’autre choix, à deux mois des élections municipales. Lire l’article La lutte finale
Les enjeux locaux sciemment escamotés
Rien n’est dit sur les responsabilités du maire sortant dans la gestion de la ville, ni sur le bilan de la politique menée depuis 12 ans (combattue par les élu.es communistes, certes de plus en plus mollement, lire l’article Fin de règne), ni sur un éventuel projet commun. S’il n’y a rien de tout cela, le communiqué du PCF évoque des « assurances » obtenues. Ainsi il se dit que le groupe de Tony Di Martino ne serait pas majoritaire au sein de la liste et de l’éventuelle future majorité. La belle affaire! Cela était déjà le cas en 2014 et en 2020, et on a vu le résultat: le maire n’en a fait qu’à sa tête! Plus vraisemblablement, les accords entre le PCF et le PS, se font à une autre échelle. Pas trop de sièges pour le PS dans la majorité du maire communiste de Montreuil? Un soutien du PS au PCF dans d’autres villes du territoire ou du département? Et surtout la défense concertée des anciens bastions du PCF et du PS, face aux hordes barbares, les forces montantes de LFI et des Ecologistes. Ce qui expliquerait au passage l’obstination mise par le PCF à exclure tout accord à Bagnolet avec LFI, les Ecologistes ou même les Ecolos solidaires.
Où est l’intérêt des habitant.es de Bagnolet ?
Tout cela est bien gentil, mais où est l’intérêt des habitant.es de Bagnolet dans ces arrangements d’arrière-boutiques? En quoi cela va-t-il améliorer la situation d’une ville qui d’un maire communiste délirant, Marc Everbecq, à un maire socialiste toxique, Tony Di Martino, s’est endettée massivement? Cette façon de faire de la politique sent la combinazione, et écarte les citoyen.nes qui ne sont pas convié.es à la table des négociations. Pire, elle les dépolitise sciemment en refusant de mettre en débat les enjeux locaux…
L’APRES ne vaut pas mieux que l’avant
A ce jeu-là, l’APRES ne vaut pas mieux que l’avant. Alexis Corbière, député de notre circonscription, a fait le forcing au sein de son mini parti, l’APRES, pour soutenir le maire sortant de Bagnolet au mépris des règles élémentaires de fonctionnement d’une organisation démocratique et de toute cohérence politique.
Pour situer d’où je parle dans cet imbroglio, je ne suis pas, a priori, un adversaire du député. Il faut rappeler qu’en 2024, j’ai soutenu la candidature d’Alexis Corbière (lire ici Pour le nouveau front populaire avec Alexis Corbière) et dénoncé « les manœuvres d’un autre temps pour l’écarter« . Sur la lancée de cette campagne, j’ai même rejoint l’APRES, en plein accord avec sa stratégie nationale d’unité des gauches et des écologistes…
Malheureusement à Bagnolet, tout comme le PCF, l’APRES ignore l’appel des Ecolos solidaires et d’autres citoyen.nes, En mouvement pour 2026, lancé au mois de mars 2025. Il ne répond pas davantage à celui de Bagnolet collectif en avril 2025. Ni à notre nouvel appel, en septembre 2025 pour l’unité des gauches et des écologistes dès le premier tour pour tourner la page du maire sortant… L’APRES répond le 18 décembre favorablement à l’appel au rassemblement de toutes les forces de gauche contre le RN (qui ne présente pas de liste à Bagnolet), lancé par le PCF, mais ne fait toujours rien pour susciter une dynamique unitaire. Et puis le 11 janvier, dès que le PCF officialise son ralliement à Tony Di Martino, le député défend immédiatement « l’union selon le périmètre défini par le PCF« , c’est-à-dire derrière Tony Di Martino.
L’union à géométrie variable
On voit se reproduire le même schéma qu’avec le PCF. Pas de débat de fond sur les responsabilités du maire ou sur les enjeux de la ville. Le ralliement au maire de Bagnolet n’est pas assumé, encore moins expliqué. Et une union à géométrie variable où LFI et les Ecologistes sont désignés d’avance comme des adversaires. A l’Assemblée nationale, notre député vote pourtant la censure proposée par LFI tandis que le PS s’abstient.
A l’instar du PCF, ce ne sont pas des raisons politiques de fond qui animent notre député. C’est la conservation de son siège dans une alliance défensive des pouvoirs en place où chacun défend son bastion: pour le PS, Bagnolet, pour le PCF, Montreuil et pour le député, la circonscription.
Encore un effort pour être démocrate
Tout cela n’est, certes, pas très glorieux. Mais le pire est le retour « des manœuvres d’un autre temps » (que je dénonçais il y a deux ans, si vous avez bien suivi): en 2024, c’est le député qui en a fait les frais, maintenant c’est lui qui les organise. Après des mois d’attentisme et une première réunion en septembre où se dégageait un consensus pour que l’APRES ne prenne pas position à Bagnolet, le député a demandé à Edith Félix et à moi d' »avoir la délicatesse de ne pas participer » à la réunion suivante en novembre. Une purge en douceur. Plus violent, avant un vote de dernière minute sur WhatsApp, organisé par le député au nom de la démocratie, un camarade est radié de la liste tandis que deux membres de la famille du député sont ajoutés. Fin de non recevoir à la demande d’un autre camarade de vérifier la concordance de la liste WhatsApp et de celle des adhérents. Pourtant au moins une autre adhérente de l’APRES à Bagnolet n’est pas sur WhatsApp, tandis qu’un votant WhatsApp n’est pas adhérent! Bref l’APRES est bloqué au temps d’avant…