L’ouvrage « La Ville verte au pied du mur » aborde les tensions entre les aspirations environnementales des gouvernements urbains et leur cadrage par l’austérité. Extraits d’untretien avec l’un des auteurs, Félix Adisson, maître de conférences à l’École d’urbanisme de Paris et chercheur au laboratoire techniques, territoires et sociétés (université Gustave-Eiffel).
« La Ville verte au pied du mur » (Presses de Sciences-Po, 2026) est le fruit d’une vaste enquête sur un sujet peu abordé par la recherche : les tensions entre les aspirations environnementales des gouvernements urbains et leur cadrage par l’austérité. Les auteurs, Félix Adisson, maître de conférences à l’École d’urbanisme de Paris, Ludovic Halbert, chargé de recherche au CNRS, rattaché au laboratoire techniques, territoires et sociétés, Francesca Artioli, maîtresse de conférences à l’École d’urbanisme de Paris, chercheuse au Lab’Urba (université Paris-Est-Créteil), et Nicolas Maisetti, maître de conférences à l’Institut d’études européennes, chercheur au laboratoire architecture, ville, urbanisme, environnement (université Paris 8), décortiquent comment l’« écologisation » des politiques urbaines est ciselée par ce qu’ils nomment « l’ordre de consolidation budgétaire ». Leur analyse révèle des impensés autour d’une panoplie d’effets paradoxaux. Elle s’ancre dans une recherche au long cours sur les collectivités du bloc communal par un collectif pluridisciplinaire de chercheurs en sciences sociales. Outre un chantier documentaire disséquant les politiques intercommunales, 164 entretiens ont été menés, principalement avec des élus et cadres de six intercos. « Un travail statistique sur les caractéristiques budgétaires et socio-économiques a défini des types de territoires et conduit à sélectionner, en leur sein, six ensembles intercommunaux [Bordeaux, Cahors, Dunkerque, Est Ensemble, Sophia Antipolis et Tours]. Nos résultats sont ainsi d’autant plus généralisables qu’ils sont basés sur des enquêtes auprès de collectivités représentatives de la diversité des villes françaises », met en avant Félix Adisson.
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La chasse aux subventions est devenue une mission dévorante pour les intercos…
Face à la baisse de leurs ressources propres, les collectivités se tournent vers des guichets (Ademe, Agence nationale pour la rénovation urbaine, etc.) qui conditionnent de plus en plus l’octroi de leurs soutiens à des objectifs environnementaux. Elles se sont muées en chasseuses de subventions, structurant leur organisation pour tendre vers cet objectif et adaptant leurs opérations aux critères de ces appels à projets. Ces « tournois de financement », qui les mettent en concurrence, sont une façon, pour les ministères et les agences de l’État, de chercher à définir l’agenda de transition territorial avec des moyens amoindris.
En réalité, c’est surtout de la gestion de pénurie. Les collectivités ont un usage stratégique de ces appels à projets, alors que l’État central, lui-même exposé à l’austérité, n’a pas forcément les moyens de contrôler leur mise en œuvre. En tout état de cause, la compétition pour les ressources structure les agendas urbains au rythme et aux ambitions dictés par les financeurs.
