La plus grosse opération immobilière du mandat vire au fiasco, faute de transparence et de partage dans le montage du dossier par le maire. Les délibérations 7 et 8 concernant les parcelles du 133-145 av Gallieni ont été rejetées par le conseil municipal du 19 février 2026. Au total, pas moins de 11 délibérations ont été rejetées lors du conseil municipal du 19 février, en l’absence de majorité du maire.
(Photo DR)
Nous avons déjà dénoncé le chaos urbain régnant avenue Gallieni, les projets au coup par coup étant privilégiés à une conception d’ensemble, concertée, de l’aménagement de la ville. (Lire : autour de Gallieni, enfin une étude.)
« En face, au 133-145 av Gallieni et 81-83 av Jules Ferry, un concours de promoteurs se déroule en catimini pour construire plusieurs bâtiments de logements. Installé sur le terrain juste à côté, le marché à la ferraille a été ravagé par un mystérieux incendie nocturne… » écrivions-nous en mai 2025. Le projet a été présenté en juin 2025 au bureau municipal (auquel nous n’étions pas invité.es), sans discussion, comme d’habitude. Un promoteur a été choisi et une réunion d’information a eu lieu en janvier 2026. Comme préparation transparente et démocratique, on fait mieux!
Le projet comprenait 181 logements, 85 parkings et deux salles de sports. La délibération 7 était consacrée à la vente du terrain par la municipalité, la 8 à l’achat d’une coque pour les installations sportives au même promoteur immobilier. Il soulevait de nombreuses questions, à commencer par le moment, à quelques semaines du premier tour des élections municipales, où il était présenté. C’est sur ce point qu’il a logiquement échoué, les deux délibérations ayant été rejetées par une majorité du conseil municipal.
Retour à la démocratie
Il était en effet incompréhensible qu’un projet aussi structurant pour l’avenir de tout un quartier puisse être adopté à la veille des élections municipales. Edouard Denouel a proposé le report de la décision au maire pour que la décision revienne à la nouvelle équipe désignée par les électeur.rices. Mais le maire a refusé tout report et a fait le forcing pour tenter d’imposer son projet. Résultat, le vote a tranché : le projet a été rejeté. Nous n’avons pas oublié le début du mandat en 2020 où la majorité alors unie se heurtait sans cesse aux « coups partis » du maire. Vous voulez faire ceci? Mais on a déjà décidé cela au précédent mandat, désolé, c’est un coup parti! Ce ne sera pas le cas cette fois-ci et la démocratie en sortira renforcée quelque soit le résultat des élections.
Les autres questions en suspens
Parmi les autres questions posées par ces délibérations, il y avait la procédure toujours en cours au tribunal administratif de Montreuil concernant la fermeture du marché à la brocante par la ville de Bagnolet. Certes cette procédure n’empêche pas la vente du terrain mais on peut s’interroger sur la légalité de son déclassement (qui constituait le premier article de la délibération 7).
Ensuite, on se souvient de l’incendie nocturne qui a ravagé le marché à la brocante au début de l’année 2025. (NB: C’est le terrain désaffecté que le maire souhaitait vendre pour permettre le projet immobilier). De par sa fonction, le maire reçoit des informations du procureur et des services de police sur la situation de la délinquance dans la commune, et les suites qui y sont données. Alors qu’en est-il de l’enquête menée sur l’incendie? Quels sont les résultats? Le silence règne.
Enfin pour la coque (délibération 8), il était proposé de recourir à une VEFA (vente en état de futur achèvement) selon l’article R 2122-3 du code de la commande publique, c’est-à-dire sans mise en concurrence ni publicité. Une solution bien commode sans doute, mais il faut démontrer qu’il n’y a pas de solution de remplacement raisonnable sur site ou à proximité, ce qui n’a rien d’évident.
Les bonnes affaires de la ville de Bagnolet
Au détour des notes présentant le projet, on en apprend de belles sur la ville de Bagnolet! Le terrain a été acheté en 1982 pour 1 106 500 Francs. Au cours d’aujourd’hui, cela fait 439 283 €. Or à combien, était-il prévu de vendre ce terrain? 3 360 000€! Soit près de huit fois son prix d’achat! On peut s’étonner qu’une ville de gauche ait participé sur la durée (plus de 40 ans) au jeu de la spéculation immobilière…

Bonjour. Une petite réaction par rapport à la délibération de l’opération immobilière, beaucoup d’excellents arguments ont été énoncés en conseil municipal, je me permets d’en ajouter 3
– Messieurs Pape et Di Martino indiquent que ce projet est intégré dans une étude urbaine plus globale. C’est faux, le cahier des charges de cette étude présentait la consultation promoteur comme un coup parti, l’urbaniste coordinateur n’a, a ma connaissance, pas eu son mot à dire sur le projet. On se retrouve avec 3 opérations neuves qui n’ont aucun soucis de la cohérence architecturale ou urbaine : l’immeuble de bureau vide, le projet Care, et peut-être cette nouvelle opération, ou personne ne demande un minimum de cohérence, ce qui génère une ville patchwork, peu lisible et incohérente.
– Monsieur Pape précise que ce projet est très bien car il est soumis a une taxe d’aménagement majorée (pour vulgariser : la ville va percevoir une taxe qui permet de financer les aménagements induits par le projet). Sauf qu’ici, cet outil n’est pas du tout adapté : cette taxe est utile pour des projets de requalification « sommaire », mais ne peut pas dépasser un certain % (et donc un montant), alors que les besoins de financement de la requalification du quartier sont majeurs, l’avenue Gallieni et ses abords ressemblent à un champs de ruine que l’action publique a déserté depuis 50 ans. Il existe d’autres outils qui permettent de capter la spéculation foncière de manière bien plus importante (PUP, ZAC) et qui ne sont pas plafonnés.
– Monsieur Di Martino dit que le programme de l’équipement sportif va être travaillé en étroite collaboration avec les associations et qu’il n’est pas défini. C’est très bien, mais, comment un budget a-t-il pu être défini sans connaître le programme de l’équipement ? Soit il y a un programme caché, soit on mets la charrue avant les boeufs.
Vivement que ça change !