Des artifices de gestion pour couvrir les anomalies du budget

Après l’examen du Compte Financier Unique (CFU) 2025, Hamid Chair, aborde le Budget Primitif (BP) 2025. Sa lecture attentive des chiffres met en lumière un manque de sincérité budgétaire et une gestion artificielle des finances municipales.

Un autofinancement artificiel basé sur des ventes exceptionnelles et sur l’emprunt

Le budget présente un autofinancement qui repose essentiellement sur des ventes exceptionnelles et des emprunts. Sans ces recettes ponctuelles, la ville serait en déficit chronique.

Ce stratagème permet de masquer les difficultés structurelles et de donner l’illusion d’une gestion équilibrée.

L’autofinancement devrait provenir d’une gestion saine et rigoureuse des recettes et des dépenses, mais ce n’est pas le cas ici.

Cette situation est dangereuse : une fois les ventes exceptionnelles réalisées, il ne restera plus de solutions pour équilibrer le budget sans augmenter drastiquement les impôts ou réduire les services publics.

Comparaison avec le Budget Primitif 2024 : alors que l’autofinancement prévu en 2024 semblait reposer sur des recettes pérennes, le Compte financier unique (CFU) 2025 montre que ce sont des cessions d’actifs et des emprunts qui comblent les trous.

Les produits des cessions d’immobilisation en 2025 atteignent 6,1 M€, ce qui démontre encore une fois la dépendance aux ventes de patrimoine pour équilibrer le budget.

Dans le BP 2025 : des projections contestables et des anomalies

Charges à caractère général (Chapitre 011) : 14 528 219 €, en baisse de 5 % par rapport au Budget Primitif 2024, mais en hausse de 8 % par rapport au CFU 2025.

Opérations d’ordre de transfert entre sections (Chapitre 042) : 3 409 852,86 €, en hausse significative par rapport au BP 2024 (2 284 238,27 €).

Produits fiscaux (Chapitre 73 et 731) : 79 435 600,90 €, en hausse de 3 % par rapport au BP 2024.

Produits des cessions d’immobilisation : 6,1 M€.

Ces données montrent une dégradation de la situation financière, masquée par des transferts comptables et des projections optimistes.

Des investissements sous-financés et une dette qui explose

La ville finance ses investissements par des emprunts, aggravant la dette existante.

Le recours aux emprunts in fine est une bombe à retardement qui compromet l’avenir de Bagnolet.

L’analyse des chiffres montre que les provisions sont insuffisantes pour couvrir les remboursements futurs.

En 2031, 2033 et 2035, Bagnolet sera confrontée à des échéances de remboursement d’une ampleur considérable. Or, à un an des élections municipales, la municipalité décide subitement de provisionner 1,4 million d’euros par an pour la première échéance de 2031.

Cette manœuvre, si elle peut sembler prudente en apparence, n’apporte en réalité aucune garantie sur le long terme. D’une année à l’autre, l’équilibre budgétaire peut être remis en cause, exposant la ville à un choix cornélien : contracter de nouveaux emprunts et alourdir encore davantage la dette, ou sacrifier des services publics essentiels au détriment des habitants.

Une telle gestion ne peut être envisagée comme une stratégie pérenne. Il est impératif d’adopter une approche responsable et anticipatrice, fondée sur une maîtrise des dépenses et une optimisation des ressources, pour garantir l’avenir financier de notre ville sans compromettre la qualité de vie des Bagnoletaises et des Bagnoletais. La Cour des Comptes avait mis en évidence un risque majeur pour la solvabilité de la commune en raison de ses 3 emprunts souscrits, remboursables en une seule fois à l’échéance. Elle recommandait de mettre chaque année en réserve 1,59 million d’euros. Pourtant, depuis 2015, rien n’a été provisionné. Ce n’est qu’en 2018 qu’une provision symbolique de 350 000 euros a été mise en place, un montant totalement insuffisant.

Le niveau d’endettement atteint 1,47 années de recettes de fonctionnement, un niveau particulièrement préoccupant. C’est-à-dire que l’endettement correspond à une fois et demi l’ensemble des recettes de fonctionnement de la ville.

La projection d’un emprunt moins élevé en 2025 suivie d’une forte augmentation en 2026 indique une planification budgétaire déséquilibrée, qui risque de fragiliser encore davantage la stabilité financière de la ville.

Pour une gestion du personnel, responsable et juste

La gestion des ressources humaines à Bagnolet ne peut se résumer à une approche comptable déconnectée des réalités du terrain. Le taux de turnover élevé au sein des services municipaux est un signal d’alarme qu’il serait irresponsable d’ignorer. Un service public efficace repose avant tout sur des agents motivés, reconnus et accompagnés dans leur mission. Investir dans le bien-être au travail, c’est investir dans la qualité du service rendu aux Bagnoletais et réaliser, à terme, des économies durables en réduisant l’absentéisme et les départs précipités.

Or, au lieu de s’engager dans une véritable politique sociale et humaine, vous avez choisi d’appliquer, sans concertation préalable avec les syndicats, une mesure du gouvernement qui est profondément injuste : l’instauration de 10 % de carence pour les arrêts maladie. Une politique qui frappe d’abord les agents les plus précaires et menace de s’étendre au secteur privé. Car soyons clairs, les cadres supérieurs auront toujours la possibilité de rejoindre des collectivités plus attractives, qui ne mettront pas en œuvre cette mesure brutale.

Bagnolet, ville historiquement attachée à la solidarité et à la justice sociale, prend aujourd’hui un tournant inquiétant. Vous avez fait le choix d’appliquer une politique autoritaire qui fragilise les agents au lieu de les soutenir. Votre logo rouge aurait peut-être dû être bleu, tant votre orientation s’inscrit dans une logique libérale et non solidaire. Car au-delà des chiffres, il y a des femmes et des hommes qui, faute de pouvoir investir dans une prévoyance complémentaire, subiront de plein fouet cette décision.

La gestion du personnel est un impératif, mais elle doit être menée avec responsabilité et justice. Faire des économies sur le dos des agents en rognant sur leurs droits fondamentaux, notamment en cas de maladie, n’est ni une politique digne ni une stratégie viable. Car sans la santé, nous ne sommes rien.

Des anomalies comptables et un manque de transparence

Sur le BP 2025 : L’annexe B3.1 relative aux provisions n’est pas renseignée alors que les enjeux de dette sont majeurs

Conclusion : un budget insincère et une fuite en avant

Ce budget est une construction artificielle qui ne repose sur aucune base saine.

Les élus qui choisiraient de soutenir ce budget devront en répondre devant les Bagnoletais, à l’aube des élections municipales. Voter en faveur d’un budget insincère, c’est cautionner une gestion hasardeuse qui met en péril l’avenir de notre ville.

Bagnolet mérite une gestion transparente, honnête et responsable. Il est temps d’arrêter ces artifices et de préparer l’avenir de façon sincère et durable.

Suite à tous ces points et interrogation notre groupe votera contre ce budget.

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